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Un travail d’expert par le Professeur Mohamed Saliou Camara.
Le Professeur Mohamed Saliou Camara vient de publier un ouvrage chez Edwin Mellen Press traitant de l’intégration et la gouvernance régionale dans l’espace CEDEAO. Intitulé The Development of a Trans-National Region in West Africa (Le développement d’une région transnationale en Afrique de l’Ouest), l’ouvrage analyse l’évolution historique des projets de coopération et intégration régionales en Afrique de l’Ouest.
L’étude part de l’époque coloniale, avec l’institution de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et la lutte des dirigeants fédéralistes africains pour sa préservation, et s’étend sur la naissance et le développement des organisations intergouvernementales (OIG) créées après les indépendances, dont certaines ont eu un bilan remarquable tandis que d’autres sont principalement restées lettre morte.
Parmi les OIG étudiées on peut citer le Conseil de l’entente, l’Union africaine et malgache (UAM), l’Union Ghana-Guinée-Mali, l’Union douanière et économique de l’Afrique de l’Ouest (UDEAO) qui donna plus tard naissance à la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEAO), laquelle, à son tour donna naissance à l’Union monétaire et économique de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Sont aussi étudiées des organisations de coopération régionale comme l’Organisation des Etats riverains du fleuve Sénégal (OERS), devenue une peu plus tard Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) sans la participation de la Guinée, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG), la Mano River Union (MRU), le Comité permanent Inter-États de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS).
Le Professeur Camara met l’accent sur les rivalités politiques et idéologiques qui ont marqué les rapports de coopération entre l’ensemble francophone de la zone CFA (majoritaire dans la région) et les pays anglophones. Il souligne la méfiance des pays anglophones (le Nigéria, le Ghana, la Sierra Leone, la Gambie et le Libéria) vis-à-vis de ce qu’ils perçoivent comme du néocolonialisme français au sein de la zone CFA et les manœuvres des dirigeants francophones tendant à absorber les pays anglophones et lusophones (la Guinée Bissau et le Cap Vert) ainsi que la Guinée-Conakry au sein de leur zone monétaire.
L’auteur analyse les actions louables de la CEDEAO qui, à travers l’ECOMOG et autres mécanismes de résolution de conflit et d’instauration d’une paix durable, ont abouti à la cessation des guerres civiles au Libéria et en Sierra Léone, ainsi qu’à la restauration progressive de la paix et de la bonne gouvernance en Guinée Bissau et en Côte d’Ivoire. Il met aussi en exergue le rôle joué par cette organisation régionale dans la gestion de la crise sociopolitique en Guinée, depuis les grèves générales jusqu’à la tragédie du 28 septembre 2009, et dans le déclenchement de la transition démocratique en cours dans ce pays. Il déduit que la CEDEAO constitue le cadre approprié pour la promotion continue de l’intégration régionale et de la bonne gouvernance dans un climat de paix et de sécurité.
En plus des gouvernements, qui doivent nécessairement adhérer à l’impératif de démocratisation en pratiquant le pluralisme politique, économique et médiatique au bénéfice des populations, les instruments primordiaux pouvant faciliter l’aboutissement de cette entreprise historique, selon le Professeur Camara, sont les Organisations non gouvernementales (ONG), les mass media et la société civile. Ce constat se dégage d’un examen descriptif et analytique de huit ONG régionales opérant en Afrique de l’Ouest. Ce sont : West African Civil Society Forum (WACSOF), West African Peace-Building Network (WANEP), le Rassemblement africain pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO), Open Society Initiative for West Africa (OSIWA), Media Foundation for West Africa (MFWA), l’Union des journalistes d’Afrique de l’Ouest (UJAO/WAJA), l’Institut Panos Afrique de l’Ouest (IPAO/PIWA) et la Fédération internationale des journalistes (Bureau africain) (IJF).
L’auteur procède à une analyse historique et sociologique approfondie de la nature, l’évolution et l’intersection des sphères d’activité polycentriques de ces ONG. Il démontre le caractère complémentaire de leurs champs d’action dans des secteurs névralgiques comme la liberté de presse ; la défense des droits humains ; la promotion de l’égalité des sexes et la responsabilisation des femmes et des jeunes ; la promotion de la sécurité régionale et d’une paix durable ; la libre circulation des personnes, biens, services et idées ; le développement d’une société civile transnationale ; la protection des enfants et des réfugiés, etc.
Il conclue que les Etats-nations fondés sur les entités coloniales ne correspondant guère aux identités et consciences collectives de des populations ouest africaines doivent, à la longue, disparaître au profit d’une Afrique de l’Ouest sans frontière, dont la gestion devra prendre en charge notre stock d’expérience authentiquement africaine en matière de solidarité communautaire et de gouvernance consensuelle.
Il indique que pour parvenir à un développement intégré et durable, susceptible de mieux préparer les Ouest africains à faire face aux exigences de la mondialisation en cours, l’Union Ouest africaine à créer devra dépasser la situation dans lequel s’exténuent nos Etats-nations, à savoir leur statut décadent de producteurs impuissants de matières premières et de consommateurs passifs de produits industriels importés. Elle devra s’industrialiser et se hisser au rang des économies émergentes du monde. Pour ce faire, l’espace CEDEAO doit, dès maintenant, s’atteler à qualifier et intégrer les systèmes éducatifs ouest africains afin de pouvoir former des techniciens et technocrates capables de transformer l’économie régionale.
Cet ouvrage basé sur des recherches approfondies de terrain, y compris des interviews d’experts et administrateurs des organisations étudiées et une utilisation judicieuse de leurs archives a été préfacé par le Professeur Boubacar Barry du Département d’Histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, un autre expert émérite des questions d’intégration régionale.
L’auteur de cette importante étude est professeur d’Histoire et de Relations Internationales et directeur du McNair Scholars Program à Embry-Riddle Aeronautical University en Floride. Au nombre de ses publications antérieures il faut citer les livres His Master’s Voice : Mass Communication and Single-Party Politics in Guinea under Sékou Touré (2005) et Le pouvoir politique en Guinée sous Sékou Touré (2007). Il a également publié un grand nombre d’articles portant sur des thèmes comme la militarisation du pouvoir en Guinée ; la conception socioreligieuse musulmane de la réussite et de l’échec en Afrique Occidentale ; les mass media et la question de déontologie en Afrique Occidentale ; le journalisme africain face aux nouvelles techniques de l’information et de la communication. Il travaille présentement sur une étude systématique de l’histoire politique de la Guinée de la Conférence de Brazzaville à la transition démocratique en cours.
