| Ecrit par A.Foulah Diallo,
le 13-05-2008 06:41
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Publié dans : Actualités, Culture |
Un véritable fiasco
A l’image de la première édition organisée en 2004, la deuxième du Festival de Guinée (FESTAG) a été un échec. Cette activité qui était annoncée comme une occasion de vendre l’image de la Guinée s’avère être une occasion pour certains d’arnaquer, de se sucrer et de faire la promotion de leur propre Business. A l’exception des cinq maisons des jeunes de Conakry qui ont bénéficié de séances d’animation, le FESTAG 2008 était une succession d’échecs.
Tout d’abord parce qu’il y a eu un énorme déficit de communication sur l’évènement. Ensuite, les professionnels de la culture n’ont pas été associés aux étapes de conception de l’évènement. Ils ont été associés à quelques jours du début du Festival et ce, avec l’intervention du Ministre de la Jeunesse des Sports et de la Culture. Et quand ils sont venus c’était pour exécuter des tâches déjà planifiées d’avance. Cela a occasionné les improvisations au niveau de la plupart des étapes (carnaval, spectacles, choix des artistes, excusez du peu).
Au lieu de vendre l’image de la Guinée, nous avons eu le sentiment que les organisateurs ont mis l’accent sur l’argent. A titre d’exemple, les tickets VIP ont été vendus à 300 000 FG, la location des stands a été fixée à 1000 000 FG. Ce fut la cause du désistement de centaines d’artisans et artisanes qui souhaitaient exposer leurs produits au Centre Culturel Franco-Guinéen. C’est le dernier jour que les organisateurs se sont rendus compte de leur faute stratégique pour décréter la gratuité des stands. Découragés par cette attitude, la plupart des artisans ne sont plus revenus. C’est explique le faible nombre d’exposants. Quel gâchis pour des pauvres artisans qui ont passé un trimestre à se préparer pour l’évènement.
Au stade du 28 septembre, on comptait un moins de 200 personnes pour le spectacle offert par le célèbre groupe ivoirien Magic Système. Quel gâchis ! De surcroît, si le souci des organisateurs était de vendre l’image de la Guinée à travers sa culture on se demande ce que Magic Système venait faire dans ce FESTAG alors que notre pays regorge d’artistes de talents de toutes les générations qui font notre fierté ? Quel gâchis !
Le comble du fiasco a été enregistré à Kindia. Au départ, les organisateurs ont annoncé Salifou Kéita et Mory Kanté pour un spectacle prévu au stade Fodé Fissa de Kindia. C’est le 25 avril, le jour du spectacle que les kaniyakas ont appris que ce n’est plus au stade mais à la maison des jeunes. Et à la place des artistes annoncés depuis plus d’un mois, on voit arriver les espoirs de Coronthie et des groupes de comédiens guinéens.
Ces derniers étaient fâchés pour avoir été logés et nourris très tardivement. Côté public, jusqu’à 23h 30 la salle était vide, tout simplement parce que les jeunes sont mécontents du changement de programme d’une part et d’autre part parce que le ticket était vendu à 10 000 FG, ce est cher pour ces jeunes au moment où le guinéen traverse une crise sans précédent. Là aussi, il a fallu que les organisateurs se rendent compte qu’il y a eu faute stratégique. Ils ont rendu l’évènement gratuit à minuit et le petit public a eu l’occasion d’apprécier les artistes pour ne pas qu’ils arrêtent de jouer. Quel gâchis ! Pourquoi fixer des tarifs inabordables lors d’un Festival qui a été subventionné à hauteur d’un milliard de francs guinéens sans compter l’appui des sponsors ? Et pourtant notre pays a besoin de ressources.
Malheureusement, jusqu’ici, le gouvernement de consensus ne fait pas preuve de rigueur dans la gestion de nos maigres ressources. A bien réfléchir, il ne sert à rien de financer un festival à cette hauteur dans un pays où il n’y a pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de routes modernes et avec une monnaie aussi instable que notre franc guinéens. Avec cela, vous allez vendre mille images de la Guinée, il n’y aura pas d’acheteur. La preuve est qu’aucun des étrangers qui étaient venus à la première édition en 2004 n’a effectué le déplacement. Ils avaient vu les routes poussiéreuses de Condéya et du Voile de la Mariée dans Kindia. Et j’étais présent. Le Chao était total.
Par contre, si l’environnement politique, institutionnel, juridique et infrastructurel sont favorables, les acheteurs de notre image n’attendront même pas un festival ou une invitation. Ils viendront d’eux même. Je ne suis pas contre le soutien à notre culture, mais en toute chose, il y a des priorités. Il est possible d’organiser un festival réussi avec beaucoup moins de ressources. Ce fut un autre crime économique réalisé avec la complicité de certains hauts fonctionnaires de l’Etat. Pauvre Guinée. Pourquoi refuser de financer la commission d’enquête sur les tueries de juin 2006 et janvier et février 2007 et financer un cinquantenaire sans aucune signification particulière ou un Festival de fiasco ? Pauvre Guinée !
Dans les conditions normales, si une somme d’un milliard est allouée à la promotion des arts et de la culture, les organisateurs qui sont Mondial Tours, la Direction Nationale de la Culture et l’Office National du Tourisme devraient s’efforcent à produire un bon résultat de manière à encourager les sponsors et l’Etat à soutenir la culture guinéenne. Mais nous avons assisté à deux éditions qui ont globalement échoué. Et malheureusement, il n’y aura pas de compte rendu financier ni audit. Ainsi va la Guinée. Et ce qui fait mal c’est le fait que ce sont les mêmes personnes qui vont monter des budgets imaginaires pour s’adresser aux mêmes sponsors et à l’Etat pour la troisième édition prévue en 2010. Car ce qui est donné est donné et on ne doit plus en parler. Tout se perd et rien ne se crée. Ainsi va la Guinée. Où est le changement ? Pauvres de nous.
A.Foulah Diallo
Dernière mise à jour : 13-05-2008 06:41
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