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Ecrit par A.Foulah Diallo, le 01-05-2008 18:38

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Publié dans : Actualités, Politique



Interview: Madame Diallo Assiatou Bah, Présidente de l’UPR

Par A.Foulah Diallo et Abou Bakr

diallo_assiatou1.jpgMadame Diallo Assiatou Bah, Présidente de l’UPR - Lanséboundji

« Je me sens parfaitement capable d’assumer ce poste »
dixit Mme Diallo Assiatou Bah, présidente par intérim de l’UPR, dans cette interview exclusive, le dimanche 27 avril, au siège de l’Upr-bis, à Lansebounyi.

Vous venez d’être investie «Président par intérim» de l’UPR. Vos impressions à vif ?


 

Madame Diallo Assiatou Bah : Cette nomination signifie que mon mari a fait du bon travail. Et comme ils savent que j’étais toujours proche de mon mari, ils ont compris que j’étais dans la droite ligne de ce que mon mari a fait pour ce parti. Je ne peux qu’en être flattée et dire que si je peux être le grain de sable qui peut maintenir la cohésion de ce parti qu’on a mis du temps à construire, consolider et faire rayonner à travers le pays, je ne peux être que flattée. Je me sens parfaitement capable d’assumer ce poste parce que mon mari a toujours pris ma main dans la sienne, m’a emmenée partout. Même à des missions où ils ne pouvaient envoyer personne, c’est moi qui assumais dans la discrétion. N’oublions pas aussi que toutes les personnes qui exercent des responsabilités se sont affinées dans la pratique. C’est pour cela que je milite pour la parité. Personne n’est né avec des capacités innées.

C’est avec la pratique et l’intelligence, le savoir-faire qu’on a abouti. C’est une lourde responsabilité, quand toutes les fédérations de l’intérieur me font confiance pour me confier cette tâche j’avoue que j’ai un peu peur parce qu’on ne peut pas résoudre en un jour les attentes de plusieurs années. Mais, je suis confiante compte tenu des soutiens qui me parviennent de tous les horizons depuis ma nomination. Tout le monde m’assure de leur soutien. Beaucoup m’ont assuré qu’il y a longtemps qu’ils avaient voulu que ça soit ainsi.

 

Vos rapports avec Bah Ousmane ?

Nous n’avons jamais eu de problèmes. Il y aurait pu en avoir parce que j’ai beaucoup de griefs à son endroit, mais personne ne m’a jamais entendu ouvrir ma bouche pour parler de cela. J’ai toujours espéré qu’on arriverait à une conclusion qui peut rassembler tout le monde. Bah Ousmane a beaucoup de qualités, mais il a un défaut majeur qui couvre tout, c’est qu’il n’est pas rassembleur. Quelqu’un ne peut pas prétendre être le chef d’un parti comme le nôtre et ne pas avoir le dos large, rassembler et ouvrir un dialogue tous azimuts. Siradiou nous a toujours dit que nul n’est notre ennemi dans ce pays. J’ai vécu trente six ans avec lui étant son assistante, son amie, son épouse. Trente six ans n’est pas trente six mois, ni trente six jours.

Quand on était jeune, lui étudiant, moi élève, il était le président des étudiants de Labé et moi la vice-présidente. Faut pas donc croire que je suis tombée du néant  dans le militantisme. En 1958, M. Baldé Mountagha qui a été des premiers à inaugurer les geôles de Sékou Touré au moment des indépendances, les Ibrahima Kaba, ils étaient à Labé. Pendant que Siradiou faisait la sensibilisation dans les villages, moi on m’avait pressentie pour rassembler toutes mes cousines et les amis. On m’avait remis toutes les cartes d’identité des morts de la région. Nous allions de quartier en quartier bourrer les urnes, voter pour les morts.

C’était mon premier acte politique. En quittant ici, je suis allée aux Etats-Unis. Les amis avec lesquels j’étais, Bill Clinton qui a fait des études au département des affaires étrangères et moi la linguistique, on avait des amis communs. A l’époque, Aliou Pounthioun du PNUD et moi étions les seuls Noirs du groupe, parce que les autres avaient été dispatchés. Moi, je voulais faire l’école d’interprétariat à Georgetown. Je suis restée dans cette  ville. Les Carl Michael, Julien Bond qui a été le premier sénateur noir, Marion Barry qui était le maire noir de Washington, je me suis retrouvée dans ce groupe. Quand on a côtoyé ces personnes qui manipulent des concepts, on ne peut pas ne pas être sensibilisé. Quand j’ai fini mes études, à Paris, je me suis mariée à Siradiou qui avait créé le RGE ( regroupement des Guinéens de l’Etranger).

Et l’Upr suit les plates bandes du RGE qu’on retrouve partout à travers le monde parce que jusqu’au Japon, nous avons des militants. Les gens me connaissent comme la femme de Siradiou, mais, ils ne savent pas que si ça a très bien marché, c’est parce que, quelque part entre nous, il y avait des affinités. Même au théâtre, on jouait ensemble. Lui, il était Balakè, j’étais Sonna, c’était mon mari.

 


On raconte que votre conférence de presse a été censurée par la télévision guinéenne. C’est vrai ?


C’est vrai. Nous avons été censurés. On nous a dit que l’ordre est venu de haut lieu. Nous avons pris contact avec le Président du Conseil National de la Communication qui a mené sa propre enquête, il avait donné des instructions pour que le compte-rendu soit diffusé. Donc, on leur fait confiance parce que les autres médiums s’en sont fait largement écho. On a appris que le camp adverse a donné 70 millions pour bloquer l’élément, empêcher qu’il passe à la télévision. Mais, cela ne nous émeut pas. La politique n’est pas une course de vitesse, mais une course de fond. Un parti politique, c’est les militants, pas les gens. On a connu pareilles scènes au temps du PRP. Vous leur donnez l’argent et quand l’argent est fini, ils partent. Je suis sûre que tout ce que l’UPR compte de personnes dignes est dans nos rangs. Quelqu’un me disait hier qu’il suffit de savoir que des gens comme El Hadj Mamadou Saliou, comme El Hadj Barou, les Yaya Keita, Faya Koundouno sont dans un camp pour que tous les bons militants s’alignent derrière. Donc, tous les piliers qui étaient avec Siradiou sont encore-là.

On a des motions de soutien de tous nos amis de l’étranger. Il n’y a qu’à Paris qu’on souhaite un congrès. Le congrès aura lieu. Nous nous battons pour cela parce qu’il n’y a jamais eu de congrès pour légitimer Bah Ousmane. On ne va pas être méchant pour dire qu’il s’est emparé de la présidence après le décès de mon mari, mais le bureau exécutif qui l’a légitimé le 18 avril est le même qui le destitue aujourd’hui. A 64 signatures à ce jour contre 75, je crois que c’est suffisamment éloquent. Et on a tout ce qu’on avance, les preuves, les papiers sont-là. Bah Ousmane a coupé tout contact avec les partis politiques d’opposition pour des raisons qui lui sont personnelles. A la mort de Siradiou, nous avions cinq préfectures, de nos jours, on a deux préfectures par refus d’accepter l’alliance interpartie.

La fédération Upr de Fria a refusé de se fermer aux alliances, c’est pourquoi on a Fria, on a Telimélé pour les mêmes raisons. Contrairement à ce qui se dit, on ne se bat pas pour faire revenir Cellou Dalein Diallo, il n’est pas la seule personnalité qu’on a contactée, on a contacté tous les partis.

 


Labé est la base de l’Upr et Bah Ousmane semble maîtriser la base. Votre marge dans tout ça ?


Mon beau-frère Lémy est le soutien de Bah Ousmane à Labé, pour des raisons qui lui sont propres, alors qu’à Pita où il est originaire, on a vu que l’UPR n’a pas gagné à Pita. Donc, même Pita ne soutient pas Bah Ousmane. C’est Lémy qui est à la base, mais ce n’est pas une monarchie, on est en démocratie. Ce n’est pas la parole de Lémy qui est prépondérante, on chahute toujours, lui et moi, faut pas que les gens pensent que cela pose problème. On est de la même famille et personne ne pourra nous diviser et s’immiscer entre nous pour des peccadilles. C’est Lémy qui fait tout ce tapage, il est quelqu’un qui s’est beaucoup investi dans le parti. Lémy, ce n’est pas Labé, on a d’autres sons de cloche en provenance de Labé. Il y a plusieurs délégations venues de là-bas qui viennent me voir et qui m’ont dit des choses. J’ai téléphoné à Lémy, je lui ai dit que je l’attends ici pour qu’on s’explique, j’en ai fait de même pour Bano. Labé est excentré, quoi qu’on dise. Labé seul ne peut pas élire un président de la république.

Il y a quatre grandes régions naturelles, il faut qu’on se mette avec les autres, sinon c’est pas la peine de continuer et de parler de parti parce qu’à l’heure où on est, tout le monde est parti chez Cellou Dalein, l’Upr reste avec une coquille vide. La coquille Upr fait du tam tam, distribue de l’argent, on parle, on parle, mais la réalité est là. Le problème, ce n’est pas Cellou Dalein. Nous tendons la main à tous les partis politiques qui veulent œuvrer pour le devenir de ce pays. Ils n’ont qu’à nous rejoindre. Mais, on ne fait pas la chasse au diable. Moi, je ne comptabilise pas ce que chacun a fait. On dit que Cellou Dalein a distribué 170 millions à chacun…

 


Vous auriez vendu l’UPR à Cellou Dalein Diallo !


Cellou Dalein a beau être riche, il ne peut pas acheter les consciences. Nous avons connu des péripéties pareilles. J’ai fait toutes les tournées du parti ensemble. Pour nous peu importe celui qui est là. On est dans la droite ligne de ce qu’on a toujours initié. Bah Ousmane aurait organisé le congrès depuis longtemps pour que le congrès le légitime. On accepte, mais moi je me bats pour qu’on obtienne la vraie démocratie. On ne peut pas faire des choses pour la façade.

 


Les membres du comité UPR d’Allemagne ont condamné votre investiture. Ils le qualifient de putsch, soutiennent que vous serez responsable.


Bien sûr que je suis responsable de tous les péchés d’Israël et je l’assume. Vous savez pourquoi ? Parce que je porte un nom qui est très porteur. Ce n’est pas les membres de la fédération d’Allemagne qui élisent un président de la république. Ils ne sont même pas nombreux en Allemagne. Même si toute la diaspora vote, ils ne peuvent pas imposer un président. L’essentiel se passe sur le terrain et cela agace beaucoup. Et ce sont eux tous qui m’ont élue vice présidente, maintenant que c’est une suite logique qui veut que la vice-présidente succède au président, on crie. Ce n’est pas que je sois la plus belle, la plus intelligente, mais on a respecté les statuts et ils ont bien précisé que je suis intérimaire. Si j’ai des ambitions après, je me lèverai aussi. Donc, on peut tout raconter, pourvu qu’on ne me dise pas qu’il y a des cadavres dans mon tiroir et même s’ils le disent qu’ils me le prouvent.

Pour le  reste, ils peuvent dire ce qu’ils veulent. Je peux pas atteindre l’âge que j’ai atteint, la maturité que j’ai. Ils ne peuvent pas m’enlever cela, ils ne peuvent pas enlever aussi le fait que partout où je m’arrête, c’est moi que les gens connaissent parce que je me suis investie. On me connaît à l’extérieur et à l’intérieur. J’étais l’épouse de Siradiou, tout le monde me ménageait, maintenant je suis la bête à abattre. Je ne vais pas trahir la confiance de ceux qui m’ont fait confiance. J’ai suffisamment ce qu’il me faut pour vivre. La dernière fois, c’est dans un marché de Douala au Cameroun que des originaires de Pita m’ont demandé quand on va destituer Bah Ousmane. Cela m’a étonnée. Ils m’ont offert des bijoux. Bah Ousmane doit faire marche arrière pour préparer d’autres échéances. Là en tout cas, il a montré ses limites. Et ça ne nous a pas du tout avancés. Nous voulons maintenant  aller à un congrès. On mettra celui que les militants veulent.

A.Foulah Diallo et Abou Bakr



Dernière mise à jour : 01-05-2008 18:38

   
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