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Ecrit par A.Foulah Diallo, le 19-04-2008 10:23

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Publié dans : Actualités, Politique



Déclaration des parlementaires guinéens sur les APE

1. Nous, parlementaires de la République de Guinée, réunis du 25 au 26 février 2008 à Conakry pour échanger sur les accords de partenariat économique (APE) en cours de négociation entre l'Union européenne et les pays de la CEDEAO, exprimons nos plus vives préoccupations sur les objectifs et le contenu de ces accords, ainsi que sur l'incidence qu'ils pourraient avoir, sous leur forme actuelle, sur le développement économique et social de nos pays et sur l'intégration régionale.

2. Les perspectives qui se profilent à l'horizon à travers les APE sont lourdes de conséquences. En tant que représentants du peuple de Guinée et défenseurs farouches de l’unité, de la solidarité et de l'intégration de notre région, et au-delà du continent africain, nous ne pouvons rester insensibles aux menaces qui frappent à nos portent et qui pourraient compromettre durablement, sinon définitivement, les efforts de nos peuples pour la croissance, la lutte contre la pauvreté et le développement.

3. Cette déclaration est l'expression de notre prise de responsabilité et de notre commune volonté de nous unir pour défendre la souveraineté économique de nos Etats et l'espace politique nécessaire à la mise en œoeuvre de nos propres stratégies de développement nationales et régionales.

4. L’APE que nous propose l'Europe est en flagrante contradiction avec les objectifs de lutte contre la pauvreté et d'intégration régionale affichés dans l'Accord de Cotonou. L'intégration régionale et le développement économique de l'Afrique de l'Ouest impliquent des niveaux appropriés de protection du marché intérieur, notamment pour les produits sensibles de l'agriculture, l'industrie et les services, alors que les APE prévoient de les éliminer.

5. L'histoire des pays riches témoigne que ceux-ci ont dû protéger leur agriculture et leurs industries naissantes. Faut t-il rappeler qu'à ce jour l'Union Européenne maintient, hors accords préférentiels avec les ACP, des taux de protection des produits alimentaires de base de 3 à 8 fois supérieurs à ceux de la région Afrique de l'Ouest.

6. Nous ne rejetons pas le partenariat avec l’Europe. Mais La construction d´un nouveau partenariat Europe-Afrique demande cependant à la fois du temps, de la cohérence et une prise en compte des déséquilibres de pouvoir économique et politique et des ambitions légitimes de chaque peuple. Pour être mutuellement avantageux, il doit être fondé sur des principes forts de respect, de solidarité et de confiance.

7. Or, en cherchant à imposer les Accords de partenariat économique (APE) comme seul modèle de partenariat avec l’Afrique, en ignorant les nombreuses alternatives qui laisseraient aux pays africains la liberté de mettre en œuvre leurs propres politiques de croissance et de développement, en accentuant les pressions sur les gouvernements africains pour la signature des APE et en sapant les fondements du processus d'intégration du continent africain si difficilement mis en œuvre, sur la base du principe « diviser pour mieux régner », l'UE contredit par ses actes son propre discours en faveur de l'intégration et du développement de l'Afrique et se met en porte à faux par rapport aux principes définis en commun.

8. Ces accords portent en eux la désintégration des économies et des institutions régionales et rendront impossible tout espoir d'intégration de notre région et de notre continent, déjà morcelés par la signature par plusieurs pays d'accords intérimaires aux conséquences peut-être déjà irréversibles. Les APE rendront vaines toutes nos tentatives de construire des marchés régionaux intégrés, prospères et structurants. En instaurant une réciprocité commerciale faussement symétrique et inéquitable et en organisant l'invasion de nos marchés par les produits européens subventionnés, ces accords perpétueront, selon toutes les études rigoureuses, la dépendance de nos économies aux seules matières premières et détruiront nos industries vulnérables, tout en tuant dans l’'uf tout espoir d’industrialisation future.

9. Ils soumettront nos agricultures et nos agriculteurs à une longue agonie et porteront de façon irréversible atteinte à notre souveraineté alimentaire. Ces accords appauvriront en fin nos Etats qui ne pourront plus répondre aux besoins les plus élémentaires de nos peuples et généreront ainsi un terreau fertile pour l’éclosion de conflits et d’instabilité politique permanente.

10. Pour ceux qui en doutaient encore, les accords intérimaires signés par certains pays frères de la région, sous la contrainte et les pressions multiformes de l’Europe, montrent sans équivoque la démesure de l’Union européenne quant à ses demandes en matière de libéralisation, qui vont au-delà de ce qui est nécessaire pour être en conformité avec l’OMC, et qui portent sur des sujets également en dehors de nos obligations réciproques vis-à-vis de l’OMC ( Investissement, marchés publics, services, propriété intellectuelle etc.)

11. La période transitoire mise en avant et les milliards promis par l’Europe ne seront à même de compenser les pertes commerciales, économiques et politiques que ces accords nous feront subir

12. Nous appelons les négociateurs ouest africains et les institutions régionales à encadrer et accompagner les pays frères ayant paraphé des accords intérimaires afin que ceux-ci ne compromettent ni le développement de ces peuples ni leurs effets pour s’insérer davantage dans le tissu économique régional.

13. L’accord ne peut hypothéquer le droit inaliénable de nos peuples au développement et au progrès. L’avenir ne dépendra pas de l'assistance et de l'aide mais de la possibilité qu’auront nos peuples de créer par eux mêmes de la richesse et de vivre ensemble sur leur terre dans la paix et la dignité.

14. Pour nous, l'alternative se situe dans l'intégration régionale dont la réalisation devrait être mesurée par la mise en œuvre effective des instruments, des institutions, des stratégies et des politiques sectorielles communes qui lèveraient définitivement les entraves au renforcement du commerce intra-régional et intra-africain.

15. L’alternative se situe en outre dans la construction d’une agriculture moderne orientée en priorité vers la satisfaction des besoins des peuples de la région, dans un système industriel régional diversifié, performant et compétitif ainsi que des services dynamiques dans le cadre d’Etats démocratiques, respectueux des libertés individuelles et collectives et assumant pleinement leurs responsabilités vis-à-vis des citoyens.

16. Ces ambitions légitimes ne pourraient se réaliser si le système des échanges qui lie nos économies à l’Europe, notre principal partenaire à ce jour, ne permet pas la création de richesses dans la région ou pire s’il nous empêche de tirer profit des opportunités offertes par l’ouverture de l’économie mondiale et de la possibilité de diversifier nos partenaires économiques et commerciaux.

17. Ayant étudié les impacts potentiels de ces accords, entendu les arguments de l’Union européenne sur le bien-fondé d’un APE, mais aussi ceux des experts guinéens et africains sur les risques et les dangers de l'APE, nous prenons nos responsabilités pour appeler le gouvernement de la Guinée et celui de tous les pays membres de la Cedeao à ne pas envisager la conclusion d'un APE aussi longtemps que l’Afrique de l’Ouest n’aura pas atteint un niveau satisfaisant d’intégration et de développement.

18. Puisque l’Union européenne affirme n’avoir d’autres objectifs à travers les APE que de se mettre en conformité avec les règles de l'OMC, nous demandons aux négociateurs d’Afrique de l’ouest de ne pendre aucun engagement qui aille au-delà de ce qui strictement nécessaire pour cette compatibilité, et de négocier des conditions les plus flexibles possibles conformément aux flexibilités offertes par l'OMC aux pays en développement au titre du traitement spécial et différencié.

19. Réaffirmant la primauté de l’intégration régionale sur l'APE, nous soutenons les directives des Chefs d’Etat de l'Afrique de l'ouest formulée en janvier 2008 à Ouagadougou, pour que les négociations avec l'Union européenne s'inscrivent dans la vision du développement régional.

20. Nous encourageons et saluons à cet effet les chefs d’Etat africains et ouest africains dont les positions courageuses et pertinentes reflètent les opinions et préoccupations des peuples d’Afrique.
A.Foulah Diallo



Dernière mise à jour : 19-04-2008 10:23

   
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