UNION DES FORCES DEMOCRATIQUES (UFD) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par A.Foulah Diallo   
21-01-2008

Discours du Président de l'UFD lors du  Meeting le 18 janvier 2008 au Stade du 28 Septembre à Conakry

Chers invités, chers amis, chers camarades, chers compatriotes,

Vous devinez notre joie de nous voir aujourd’hui réunis, pour parler des problèmes qui agitent notre pays et préoccupent notre peuple. Nous remercions, toutes celles et tous ceux qui, très nombreux, ont bien voulu répondre à notre invitation.

Mais tout d’abord, nous voudrions rappeler quelques hasards des différents calendriers en usage dans notre aire culturelle négro-africaine:

En ce vendredi 18 janvier 2008 de l’ère chrétienne, nous sommes le 9 du mois, de « Mouharram » ou Jonbente en langue nationale Pular. Dans notre calendrier ancestral, ce mois marque le nouvel an lunaire. Comme vous le savez, ce jour est également celui de la fête dite « Des Morts », le jour où nous honorons nos morts.

L’année dernière à la même époque, se déroulaient dans notre pays et particulièrement dans la capitale, des événements douloureux, d’une portée extraordinaire pour l’histoire de notre pays. Après des dizaines d’années de souffrances endurées en silence, c’est tout le peuple de Guinée qui s’est levé partout à travers le pays, comme un seul homme, sans distinction de sexe, d’âge ou d’appartenance communautaire pour exiger le changement dans la façon dont il a été gouverné jusque là. Au cours de ces événements, et particulièrement le 22 janvier 2007, des centaines de nos compatriotes, parmi les plus jeunes, sont tombés sous les balles des forces de l’ordre ou ont été blessés jusqu’à la mutilation. Nous devons rappeler que jusqu’à présent, certains blessés restent sans soin. On ne parle même pas des résultats des enquêtes promises pour identifier les coupables, les traduire en justice et indemniser les victimes.

Nous devons donc profiter de ce meeting pour exprimer notre hommage aux innocentes victimes de ces événements, ainsi d’ailleurs que celles très nombreuses des périodes précédentes, en premier lieu juin 2006 et au-delà, toutes celles et tous ceux qui ont été martyrisés par les régimes dictatoriaux qui se sont succédés en Guinée depuis 1958.

Comme nous avons eu à le dire dans le passé, nous proposerons que le 22 janvier soit décrété « Journée de la jeunesse guinéenne », pour commémorer dans le recueillement, les sacrifices particulièrement lourds payés par la jeunesse au cours de la courte histoire de la République de Guinée.

Mais au-delà des victimes des événements de janvier et février 2007, nous devrons également nous souvenir de tous nos compatriotes vivants ou décédés et qui ont œuvré au cours de leur existence, pour le triomphe des idéaux de démocratie, d’unité et de bonheur pour le peuple de Guinée en payant parfois de leur vie leur engagement. C’est ainsi que nous voudrions vous demander de bien vouloir vous rappeler au souvenir du premier Président de notre parti, le Professeur Alfa Ibrahim Sow, décédé le 21 janvier 2005, il y a juste trois ans. C’est lui, l’initiateur et le fondateur de l’UFD. Grand patriote, homme de culture et de dialogue, exemple de courage et de rectitude morale, il a tracé et éclairé la voie que nous avons suivie jusqu’ici.

Nous demandons donc à notre ami Cerno Ibrahima Jallo de nous faire une prière pour le repos de l’âme de tous nos illustres disparus.

 

Nous prions tous nos compatriotes des autres confessions religieuses, de bien vouloir se joindre à nous dans cette prière et en communion.

Cerno Ibrahima vous avez la parole.

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Merci à tous et à toutes. Il nous reste à dire avec force : « Plus jamais ça ! ». Prions tous pour que jamais plus, la solution à nos problèmes internes ne se réalise à travers un bain de sang. Amen !

 

Notre pays est à la croisée des chemins. Après les avancées positives obtenues à la suite des terribles événements de janvier-février 2007, l’heure est plus que jamais aux interrogations.

En effet, après 10 mois d’exercice, la grave question qui est posée est la suivante : la Guinée va-t-elle poursuivre résolument sa marche en avant pour un véritable régime démocratique, engageant le pays sur la voie du progrès, ou alors, allons-nous retomber de façon rampante, dans le système qui a prévalu avant 2007 et qui est unanimement rejeté par le peuple de Guinée ou pire encore, dans une autre variante de ce même système avec des acteurs différents?

 

A la suite des Accords du 27 janvier 2007 conclus entre le Chef de l’Etat, les représentants des institutions républicaines, les congrégations religieuses, la société civile et surtout les syndicats, un nouveau gouvernement a été mis en en place avec un cahier de charges précis comprenant entre autres :

- La redynamisation de l’activité du gouvernement et l’accroissement de son efficacité dans tous les domaines;

- La lutte contre les gaspillages, la corruption et les détournements des deniers publics ; la protection du patrimoine national contre les pillages et l’exploitation anarchique ; l’assainissement des finances publiques ;

- La stabilisation de la monnaie et des prix, afin de défendre le pouvoir d’achat des populations ; l’amélioration des infrastructures de service public (distribution d’eau, d’électricité, téléphone, routes, etc.) ;

- Le renforcement du règne de l’Etat de droit; la lutte contre l’impunité ;

- La tenue d’élections libres, équitables et crédibles et notamment le renouvellement de l’Assemblée nationale dont le mandat s’est achevé le 30 juin 2007.

Quel bilan pouvons-nous faire de l’action du pouvoir exécutif depuis mars 2007 ?

Certains nous diront qu’il est un peu tôt pour faire un bilan exhaustif de l’action de ce gouvernement, moins d’un an après son entrée en fonction.

Il est vrai que dans l’appréciation de l’action du gouvernement, nous devons nous efforcer de rester objectifs et de nous garder de toute démagogie. En 50 ans d’indépendance, notre pays accuse un retard énorme dans tous les domaines, surtout au regard de nos potentialités, comparé à d’autres Etats africains. Le passif à gérer est extrêmement lourd, au bout de plusieurs décennies de gaspillage de ressources humaines et matérielles et de mauvaise gestion de l’économie. Tout reste une priorité dans notre pays, car aucun problème n’a jamais été réglé sur le long terme. Les maux sont profonds.Nous savons bien que rien ne peut se faire par une simple baguette magique. Les attentes du peuple guinéen face aux gouvernants et au personnel politique sont énormes. Ne dit-on pas en langue nationale Pular « weelaado andaa accu butta » ? L’affamé ne peut pas comprendre qu’on lui demande de patienter, le temps que le repas refroidisse…

Nous nous bornerons donc simplement à faire quelques constats. En dix mois d’exercice, les grandes tendances d’un nouveau gouvernement ne peuvent plus être un mystère pour un observateur tant soi peu averti. Certains se contentent même d’émettre un jugement après les cent premiers jours d’un nouveau gouvernement.

 

A ses débuts, le nouveau gouvernement a paru soucieux de se mettre réellement au travail, afin d’obtenir des résultats probants. Il y a eu quelques avancées positives ici et là, mais les résultats sont finalement très maigres au regard des attentes du peuple et des engagements fermes qui ont été pris. Mais comme on dit, une hirondelle ne fait pas le printemps.

Depuis un certain temps, nous avons constaté que le pouvoir exécutif est beaucoup plus engagé dans une guerre de positionnement que de remplir des tâches concrètes découlant de sa feuille de route. Tout se passe comme si désormais, pour le gouvernement, l’urgence est plutôt de se battre pour assurer sa survie et sa pérennité que de remplir ses obligations. C’est ainsi qu’on l’a vu progressivement privilégier le « faire savoir », c'est-à-dire la communication ou plus vulgairement la propagande, au détriment du « savoir faire », c’est à dire l’action concrète, au profit des populations.

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Bien entendu, nous reconnaissons à chacun le droit d’avoir des déformations professionnelles…

 

Fondamentalement, rien n’a changé dans la vie misérable que mène le peuple de Guinée. La hausse vertigineuse des prix se poursuit inexorablement, aggravant tous les jours un peu plus les conditions de vie déjà insupportables de l’écrasante majorité de la population. Combien de familles guinéennes parviennent-elles à manger à leur faim ? La plupart des foyers font à peine un repas par jour et quel repas ! Ici nous avons à la fois la famine et la malnutrition. Le quotidien du peuple, aussi bien à la ville qu’à la campagne est toujours aussi dramatique. Les problèmes sanitaires deviennent désespérants. Nos compatriotes, même parmi les moins nantis sont contraints d’aller chercher des soins de qualité à l’extérieur, nos hôpitaux n’étant que des mouroirs, faute d’équipement en état de marche et des médicaments.

Les services publics essentiels ne sont toujours pas assurés en continu. Aucun changement n’a été observé sur la sauvegarde du patrimoine minier national. L’impunité est toujours de rigueur pour les auteurs présumés de crimes et délits à caractère politique et économique. La corruption et l’enrichissement illicite sont plus que jamais présents dans l’appareil d’Etat.

Mais au-delà de tous ces problèmes économiques et sociaux, nous insisterons plus encore sur la situation politique, l’actualité brûlante nous y oblige. Depuis quelque temps en effet, une grave crise a éclaté au sein du pouvoir exécutif. Nous disons sans hésiter que les contre-performances de l’équipe en place sont largement imputables à des facteurs politiques.

 

A présent, le pouvoir exécutif est beaucoup plus engagé dans la guerre de positionnement que de remplir les engagements auxquels il a librement souscrit.

En fait, nous sommes entrain de faire les frais des dispositions bancales contenues dans les fameux accords du 27 janvier 2007. Le gouvernement se croit détenteur d’un contrat à durée illimitée et n’ayant de comptes à rendre qu’à lui-même. Face à cette situation de blocage, nous nous retrouvons dans un vide institutionnel dans lequel, la rue est le seul moyen de contrôle et de sanction de l’exécutif, avec tout ce que cela comporte de nouveaux risques d’effusion de sang. Or, la plupart des acteurs politiques reconnaissent que la solution à la crise actuelle ne se trouve pas dans une nouvelle grève générale illimitée. Des solutions comme celle-là ne peut être acceptable que pour une courte période nettement définie. Alors où serait la solution ?

 

Dans les conditions actuelles, la seule solution de sortie de crise, est la tenue comme il se doit, des élections législatives libres, honnêtes et crédibles, permettant de doter enfin notre pays d’une véritable assemblée du peuple. Pour emprunter une image désormais populaire au sein de la jeunesse, prenons le bon exemple des examens de 2007 ! Même ceux qui ont échoué ont reconnu qu’ils ne méritaient pas de passer. C’est de bonne grâce qu’ils ont accepté de redoubler. Pour nous donc, cette élection ne devrait pas être la fin du monde pour les perdants qui attendront la prochaine échéance.

Nous demeurons convaincus qu’une chambre élue dans de bonnes conditions, travaillant dans la concorde, pourra doter la Guinée de lois démocratiques et progressistes. Seule une telle assemblée permettrait d’encadrer et de contrôler efficacement l’exécutif, préparant ainsi le terrain pour l’avenir. C’est le seul moyen de remettre la Guinée sur les rails de la reconstruction et de tourner définitivement le dos à ce passé horrible qui nous poursuit depuis un demi-siècle.

Mais comme on le voit, tout se passe comme si le pouvoir exécutif dans son ensemble ne veut pas tenir ces élections. Les uns estiment sans doute n’avoir rien à y gagner et les autres ne s’estimant pas encore prêts à livrer une bataille électorale. On commence murmurer qu’il n’y aurait pas assez d’argent pour organiser les élections. Nous ne pouvons pas, bien entendu croire à cette assertion. Un gouvernement qui dépense beaucoup d’argent et de temps pour ses interminables missions à l’extérieur et pour ses coûteuses campagnes médiatiques, peut parfaitement trouver les moyens nécessaires pour organiser rapidement les élections tant attendues. Un gouvernement responsable peut-il prétendre qu’il attend des bailleurs de fonds extérieurs pour qu’ils lui donnent de quoi lui permettre de remplir des obligations de souveraineté ? Certainement pas ! Au lieu de s’atteler à organiser les élections, on nous prépare plutôt des cérémonies grandioses du cinquantenaire de l’indépendance de la Guinée. C’est le lieu de réaffirmer que nous sommes fiers d’avoir été le premier territoire indépendant d’Afrique noire sous domination française. L’indépendance, dans tous les cas est mieux que la colonisation. Mais au regard des souffrances endurées par le peuple de Guinée depuis cinquante ans et des incertitudes qui pèsent sur l’avenir du pays, l’heure ne devrait pas être à la fête. Le fameux anniversaire n’est inscrit nulle part dans le texte qui nous tient lieu de constitution, alors que le renouvellement de l’assemblée nationale dont le mandat est échu il y a 7 mois, y figure en bonne place. Regardez le Ghana du Président Kwame Nkrumah qui accueille la Coupe d’Afrique des Nations de football 2008. Il a obtenu son indépendance peu avant la Guinée. C’était en mars 1957 . Ce pays a fêté en grande pompe et dans l’allégresse générale, ses 50 ans d’indépendance. Même la Reine Elisabeth II d’Angleterre avait fait le déplacement. C’est qu’il y avait de quoi pavoiser et fêter. Après une série de coups d’Etat et de crises politiques, le Ghana est vraiment remis sur les rails du développement . Il dispose d’institutions solides; l’alternance démocratique au pouvoir est une réalité. Le peuple s’est remis à espérer. Il n’ y a pas que le FMI pour dire que le pays est bien gouverné et prometteur ; même la population le confirme. Ce n’est pas notre cas. Les premiers sont devenus les derniers, car notre pays est classé parmi les plus pauvres et les plus corrompus du monde. Cette situation constitue une humiliation insupportable pour nous qui savons que notre pays est l’un des plus riches du monde en terme de ressources naturelles. Mais hélas, l’horizon est toujours bouché. En septembre 2008, nous n’aurons à fêter que notre misère quotidienne, l’incertitude du lendemain et les magouilles politiciennes de toutes sortes. A la limite, nous pourrions accepter de fêter le cinquantenaire avec une nouvelle assemblée démocratiquement élue et qui se mettrait immédiatement au travail. Sinon, nous n’en voulons pas !

 

En renvoyant sans cesse les élections, le pouvoir exécutif viole ouvertement ses propres engagements et la constitution. Il y a apparemment des tentatives malignes de manipulation du calendrier électoral. Comment expliquer par exemple que pour la CENI, n’importe quel acte prenne au bas mot deux mois : deux mois pour désigner les membres, deux mois pour signer le décret, deux mois pour installer la direction, deux mois pour voter le budget, etc. A ce rythme, nous n’aurons pas d’élections législatives avant plusieurs années. Ce n’est pas acceptable. Cette situation doit nécessairement changer rapidement, sinon, les forces vives du pays doivent en tirer toutes les conséquences. Nous lançons un appel à tous les partenaires sociaux, en premier lieu les syndicats et la société civile pour qu’ils s’approprient cette revendication d’élections immédiates qui va dans le sens de leur lutte pour un avenir meilleur. Nous lançons également un appel à tous les pays frères, aux amis extérieurs de la Guinée et aux organisations africaines et internationales pour qu’ils soutiennent cette revendication.

 

Aujourd’hui, nous sommes continuellement interpellés en ces termes par la jeunesse : que faites vous et que comptez-vous faire pour la jeunesse ?

Cette grande manifestation en est une éclatante illustration. Malgré l’absence de statistiques fiables, il apparaît clairement qu’à ce jour, les moins de trente cinq ans représentent plus de la moitié de la population. Ce n’est pas étonnant quand on sait que chez nous l’espérance moyenne de vie est parmi la plus faible du monde, autour de quarante ans.

 

La première réponse à cette grave question est tout d’abord de dire la vérité à la jeunesse : la jeunesse comme on le dit n’est pas un critère d’excellence. Nous voulons des jeunes gens et des jeunes filles bien éduqués, bien formés et conscient de leurs responsabilités.

A l’UFD, nous avons toujours misé sur la jeunesse. C’est pour cela que notre parti est présent dans l’arène politique malgré les nombreuses difficultés auxquelles il a été confronté depuis sa création en septembre 1991. Nous encadrons nos jeunes, veillons à leur formation morale et politique afin qu’un jour ils puissent nous remplacer pour continuer la lutte pour le changement. Moi qui vous parle, je peux dire que je suis l’illustration de cette politique : j’ai longuement travaillé avec notre regretté premier Président Alfa Ibrahim Sow. Lorsque Allah l’a repris il y a trois ans, j’ai été désigné par nos amis pour le remplacer sans coup férir, alors que nos adversaires avaient espéré que ç’en était fini pour l’UFD. Comme vous l’avez constaté, la disparition de notre fondateur n’a pas mis fin au parti, bien au contraire. Avec la jeunesse, c’est cette voie que nous comptons poursuivre jusqu’à ce que notre pays sorte du sous-développement et de la misère. Nous n’avons cessé de le répéter : l’émigration est l’une des pires solutions aux problèmes de la jeunesse africaine. Le salut de notre pays exige que la jeunesse reste chez elle.

 

Nous devons promouvoir une nouvelle politique économique qui permette à la jeunesse de se former, de trouver un emploi, de fonder une famille sur place et de s’épanouir. L’amère expérience de ces cinq dernières décennies nous montre que nous avons jusqu’à présent fait fausse route. En effet, nous avons tout misé sur l’extraction minière. Or plus on exploite les mines, plus nous sommes misérables, chacun peut le constater : allez à Fria, Kamsar, Sangaredi, Kindia, Dinguiraye, Kouroussa, Siguiri en attendant Nzerekore pour le mont Nimba. Aucun pays africain qui a axé toute sa politique économique sur l’extraction minière ne s’en est sorti. Voyez le cas de la Zambie ou de la République démocratique du Congo. Ils sont dans la même situation que nous. Des trusts miniers et des mafias internationales viennent prendre nos ressources minières sans aucune transformation sur place. C’est le produit brut qui est exporté. Or c’est la valeur ajoutée locale qui constitue la source principale de l’emploi. Prenez l’exemple du Ghana gros producteur africain d’or ; ils ont modifié leur politique en misant plutôt sur l’agriculture. Ils sont ainsi devenus le second producteur africain de cacao, d’où les petits succès que nous avons évoqués. La clé de la sortie de notre sous-développement est de miser à fond sur l’agriculture qui pourra servir de base à l’industrialisation. Cette activité peut intéresser des millions de guinéennes et de guinéens alors que l’extraction minière n’intéresse que quelques gros bonnets qui bradent nos richesses en échange de commissions. Même les quelques milliers de travailleurs de notre secteur minier ne bénéficient pas de cette richesse. Les syndicats ont eu souvent à dénoncer cette situation. Des mines, il ne nous restera que la faillite économique, l’amertume de celui qui a été spolié de ses richesses, la pollution des cours d’eaux  et en général la destruction de l’environnement. Nous constatons que le gouvernement continue pratiquement sur l’ancienne politique de monoculture minière. Des appétits sont toujours aiguisés pour le pétrole ou l’uranium. Mais là aussi, nous faisons fausse route et il est temps de changer de cap. A ce propos, permettez-moi de vous raconter une petite anecdote : en 1980 après le lancement de l’exploitation pétrolière au Cameroun, l’ancien Président Amadou Ahidjo – qui n’est pas mon modèle mais que je respecte et qui a beaucoup travaillé pour l’unité et la construction de son pays – a dit à ceux qui pensaient que le pays était devenu subitement riche : « Avant le pétrole, il y l’agriculture ; après le pétrole, il y aura l’agriculture » . Cette réflexion de grande sagesse était presque une prophétie, car aujourd’hui tout le monde sait que le pétrole comme toutes les richesses du sous- sol ne sont renouvelables et vont finir par s’épuiser. On pense justement à l’agriculture pour produire du carburant ! L’audit toujours attendu des contrats miniers déjà signés et leur révision seront un premier pas vers ce changement de politique que nous souhaitons. En attendant, toutes les forces vives du pays devraient lutter pour obtenir le gel de tout nouveau contrat, y compris l’exploration.

Désormais, tout contrat minier sera conditionné par l’évaluation des bénéfices réels que tirera notre peuple de l’exploitation de ses ressources. Nous savons que les pays industrialisés anciens et nouveau ont une soif insatiable de nos richesses. A nous de nous organiser pour ne plus être dupés comme maintenant. Il faut voir les conditions draconiennes contenues dans les contrats signés par les pays qui sont bien gouvernés et qui défendent mieux leurs intérêts : on oblige le partenaire a construire des milliers de kilomètres de routes bitumées, de faire des barrages, de réaliser des villes nouvelles et des infrastructures sociales. Pour la prochaine législature, in cha Allah, nous veillerons à ce que les élus du peuple défendent effectivement les intérêts de la Guinée.

 

Le redressement économique de la Guinée sera une tâche titanesque et de longue haleine. Nous devons nous garder de tromper le peuple là-dessus. Il y aura encore de lourds sacrifices à consentir. Mais ces sacrifices seront d’autant mieux acceptés par le plus grand nombre que le fardeau est équitablement partagé entre toutes les couches de la population, chacun selon ses ressources. A cet égard nous devons dire sans nous voiler la face, que nous sommes au pied du mur : nous devons changer de cap et de politique, bâtir dans le consensus des institutions solides. On ne peut pas ménager la chèvre et le choux ; on ne peut pas faire cohabiter la corruption, le gaspillage des maigres ressources, l’enrichissement illicite, le pillage du bien public et la prospérité du pays ou le bonheur du peuple.

 

Malgré la longueur de cette intervention, nous n’allons pas terminer sans vous parler très brièvement de l’UFD, Nous avons voulu que ce parti soit réellement différent de ce que l’on observe habituellement sur notre échiquier politique. Notre organisation n’appartient à aucun individu. Les dirigeants sont élus au bulletin secret et rendent compte de leur action. Nous faisons tout pour que tous les membres soient égaux.

L’UFD est une force jeune, novatrice et relativement homogène, sans être monolithique. Ces principes nous ont permis de maintenir la clarté et la constance de notre ligne politique, tout en étant à l’abri des querelles de leadership et des incessants tiraillements de clans rivaux.

Nous profitons de l’occasion pour tendre une main fraternelle à nos compatriotes qui militaient auparavant au PUP et ailleurs. Comme aimait à le dire Chou-En-Lai, l’ancien Premier Ministre chinois : « personne ne peut refaire son passé mais il peut faire son avenir ». Il y a parmi ces cadres du PUP et d’autres partis, des gens qui ont une bonne expérience de la conduite des affaires et qui seront très utiles, voire indispensables à la mise en œuvre de la politique du changement. Nous sommes prêts à travailler avec eux ou elles, à la seule condition qu’ils n’aient pas du sang sur les mains et qu’ils ne soient pas notoirement connus comme des prédateurs. Mais ceux-là de toute façon ne constituent qu’une fraction infime de la population. Comme on dit encore une fois en langue nationale Pular « Mo suttii kettungol, o jinday fii muudun » ce qui veut dire que lorsqu’on est habitué à la bouffe et aux privilèges, on est prêt à lutter durement pour les conserver.

 

Bien entendu, on ne pourra pas leur confier la conduite du train du changement puisqu’à ce moment là, il est clair qu’il ne partira jamais de la gare, comme ce que nous observons aujourd’hui.

Mais plus important, nous avons adopté une ligne politique résolument basée sur l’union de toutes les composantes communautaires du pays et tournant résolument le dos à l’ethnicisme. Comme vous le savez le colonisateur nous a laissés avec un Etat qui n’est pas hélas, une nation. C’est le consensus et l’unité entre toutes les composantes communautaires du pays qui nous a permis d’arracher l’indépendance. C’est la rupture de cette union sacrée qui nous a mené au désastre actuel. Nous devons donc rebâtir un véritable consensus national basé sur l’égalité de droits et de devoirs de toutes les citoyennes et de tous les citoyens du pays, sans distinction de région, de religion ou de langue. C’est le lieu de réaffirmer plus que jamais que le régionalisme et le repli identitaire ne sont absolument pas la solution aux graves problèmes de la Guinée. C’est plutôt un piège mortel placé sous nos pieds. De tout temps en Afrique, l’ethnicisme a été utilisé par des politiciens sans envergure, sans projet politique sérieux, mais ambitieux, pour se hisser au pouvoir. Mais le peuple, y compris les gens qu’ils utilisent, n’en tirera aucun profit, au contraire ; par réaction, on lui fera payer des pots qu’il n’a pas cassés. Ce qui s’est passé en 1994 au Rwanda nous a beaucoup touché et fait réfléchir. A cause d’une manipulation de politiciens sans scrupules, des populations qui avaient vécu ensemble depuis des millénaires, qui partagent la même langue et la même culture se sont entretués de la façon la plus barbare qui soit au cours d’un génocide qui a fait plus d’un millions de morts en avril 1994. C’est pour cela que j’ai écrit cet ouvrage « Françafrique l’échec, l’Afrique post-coloniale en question » que certains d’entre vous ont lu. J’ai écrit ce livre en pensant continuellement à la Guinée. Les apprentis sorciers guinéens de tous bords doivent savoir qu’ils jouent avec le feu et que le peuple ne les suivra pas.

Nous terminons en lançant un appel à l’union de toutes forces vives du pays en vue de parachever ensemble le processus de changement. Nous ne devons pas lutter en rangs dispersés, chacun pour son compte avec son agenda. Les syndicats, la société civile et les partis politiques doivent se retrouver.

 

Je termine mon intervention sous la forme de quelques questions que je voudrai vous poser. Il y a un autre homme politique africain qui n’est pas mon modèle, lui non plus, Léopold Sedar Senghor,  mais pour qui j’ai beaucoup de respect. Dans les années soixante et soixante dix, lorsqu’en Afrique, la mode était aux dictatures sanguinaires qui emprisonnaient, exilaient, tuaient et muselaient les peuples, il n’a jamais tué un seul de ses compatriotes. Mieux, il a été le premier à introduire le multipartisme dans son pays. Il disait : « vous savez, entre je t’aime et je ne t’aime pas, il n’y a pas de place pour la discussion ». Je vais donc vous poser quelques questions auxquelles je vous prie de répondre par « Oui » ou « Non » comme en 1958 :

 

  1. Etes-vous d’accord pour que notre pays revienne à la situation d’avant janvier 2007 ?

  2. Etes vous prêts à accepter la division du pays sur des bases régionales ou communautaires ?

  3. Etes-vous prêts à ce que le pouvoir exécutif repousse abusivement les élections ?

  4. Maintenant, une dernière question : êtes-vous prêts à rester mobilisés et à lutter pacifiquement pour parachever le changement démocratique ?

 

Je vous remercie de ces réponses franches et massives.

 

Je crois que nous sommes tous d’accord et il faut que de retour dans les familles, dans les écoles, dans les quartiers, dans les universités, dans les marchés et dans les usines, que chacun et chacune d’entre nous fasse partager ces grandes résolutions au plus grand nombre possible de compatriotes afin que le changement devienne enfin soit une réalité.

 

Je vais clôturer ce meeting en lançant à votre nom à tous un message d’encouragement et de plein succès à notre équipe nationale de football qui disputera la Coupe d’Afrique des Nations. Nous leur recommandons le fair play, ils sont en terre africaine, l’amitié d’abord, la compétition ensuite. Nous espérons qu’un jour nous pourrons offrir à la jeunesse guinéenne une vraie CAN en Guinée avec des stades modernes, des routes, des infrastructures et des sportifs méritants.

 

Encore une fois merci d’être venu à ce meeting, bon retour dans vos foyers.

Vive le peuple de Guinée» uni et solidaire !

Vive le changement démocratique !

Vive l’Afrique unie et renaissante !

A.Foulah Diallo  


Dernière mise à jour : ( 24-05-2008 )
 
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